MOBUTU (J.)


MOBUTU (J.)
MOBUTU (J.)

MOBUTU JOSEPH DÉSIRÉ puis SESE SEKO (1930- )

Appartenant à l’ethnie mongo, Joseph Mobutu, après avoir fait des études à Coquilhatville, entre dans la Force publique, l’armée coloniale congolaise. Il quitte l’armée en 1956 afin de devenir journaliste et milite dans le Mouvement national congolais de Patrice Lumumba. En avril et mai 1960, il assiste à la table ronde de Bruxelles en qualité de délégué pour les problèmes économiques. Nommé secrétaire d’État à la présidence du gouvernement Lumumba en juin 1960, il est promu chef d’état-major de l’armée avec le grade de colonel en juillet, puis commandant en chef après l’arrestation du général Lundula. Élevé au grade de général de l’Armée nationale congolaise (A.N.P.) en janvier 1961, il participe à l’arrestation de Lumumba, et, après le coup d’État de septembre, il institue un collège d’universitaires capables de jouer un rôle neutralisateur et de barrer l’accès du pouvoir aux procommunistes. Il cherche la réunification de l’armée en traitant avec le général Lundula, qui dirige les troupes rebelles de Stanleyville, et signe avec Tschombé en 1961 un protocole prévoyant l’unification du commandement de l’armée congolaise sous ses ordres. En même temps, il défend l’armée contre les tentatives faites par l’O.N.U. pour la désarmer. Devant la persistance de la rébellion et l’état désastreux dans lequel se trouve le Congo, il prend en 1965 le pouvoir à la suite du limogeage de Tschombé par Kasavubu. Il mène une politique rigoureuse de remise en ordre: interdiction de la politique des partis, suspension du droit de grève, lutte brutale contre les factions, répression, sanglante s’il le faut (comme à l’université Lovanium de Kinshasa), de tout mouvement de contestation; il institue une nouvelle constitution et un parti unique, le Mouvement populaire de la révolution (M.P.R.). Après avoir rompu les relations diplomatiques avec la Belgique, en 1967, et poursuivi la politique de congolisation de l’État, il entame à partir de 1969 une ère de négociations avec Bruxelles et les pays prêts à investir au Zaïre, auxquels il consent des conditions très avantageuses.

Réélu en 1970 à la présidence, il lance une campagne de retour à l’authenticité, c’est-à-dire de retour aux sources africaines: lui-même abandonne ses prénoms chrétiens pour des prénoms africains. Bien qu’il y ait eu rupture avec le Congo-Brazzaville en 1968 et qu’il ait quitté l’Organisation commune africaine et malgache en 1972, Mobutu cherche à insérer le Zaïre dans un cadre régional, l’Union des États d’Afrique centrale, comprenant le Tchad et la République centrafricaine, et à affirmer sa place au sein de l’Organisation de l’unité africaine. À partir de 1972, il se rapproche de la république populaire du Congo, et même de la Guinée, sans doute pour complaire aux intérêts américains.

Il est réélu encore en 1977, mais voit son pouvoir ébranlé par les deux guerres du Shaba, en 1977 et 1978. L’intervention rapide des troupes françaises et belges en mai 1978 lui permet d’enrayer cette opération de déstabilisation. Dans les années 1980, Mobutu ne peut empêcher l’éclosion de l’opposition; la corruption généralisée et la mauvaise gestion entraînent le pays vers le déclin alors que Mobutu lui-même amasse une des plus grosses fortunes personnelles du monde. Il est réélu cependant en 1984. Sa rupture avec l’Église catholique, les aléas des relations avec la Belgique, les changements politiques intervenus dans plusieurs États africains suscitent une volonté de démocratisation et de pluralisme. En avril 1990, il annonce le rétablissement du multipartisme (limité à trois partis au début) et l’instauration d’une période transitoire. Il renonce également à son rôle de chef du parti au pouvoir. Contraint d’accepter la participation de l’opposition au gouvernement, Mobutu assure, en août 1992, son maintien à la tête des forces armées et obtient la garantie de ne pas être inquiété durant la période de transition en échange de la nomination d’Étienne Tshisekedi, un des principaux dirigeants de l’opposition, au poste de Premier ministre. En janvier 1993 cependant, il fait l’objet d’une procédure de destitution, qui n’aboutit pas.

En 1996, Mobutu s’installe pour quelques mois en Suisse, puis en France, pour raisons de santé. Pendant ce temps, l’est du Zaïre est déchiré par des affrontements entre les Forces armées zaïroises et les Banyamulenge (Tutsi d’origine rwandaise installés au Zaïre) menés par Laurent-Désiré Kabila. Au printemps de 1997, celui-ci exige de négocier directement avec Mobutu son départ et une passation des pouvoirs, tandis que la rébellion tutsi s’empare des principales villes du pays. Les négociations, menées au début de mai, échouent et les rebelles entrent dans Kinshasa le 17 mai 1997. La veille, Mobutu a quitté la ville. Après quelques jours passés à Lomé, au Togo, il se rend, provisoirement, au Maroc.

Encyclopédie Universelle. 2012.

Regardez d'autres dictionnaires:

  • Mobutu — Sese Seko Pour les articles homonymes, voir Mobutu (homonymie). Mobutu Sese Seko …   Wikipédia en Français

  • Mobutu — (Joseph Désiré, puis Sese Seko) (1930 1997) maréchal et homme politique zaïrois. Colonel, chef d état major dans le gouvernement de Lumumba, en déc. 1960 il fit arrêter celui ci. En 1965, il renversa Kasavubu et, en 1970, il fut élu président de… …   Encyclopédie Universelle

  • Mobutu — Treffen Mobutus mit Richard Nixon 1973 Joseph Désiré Mobutu (ab 1972 glorifizierende Selbstbezeichnung Mobutu Sese Seko Kuku Ngbendu wa Zabanga; * 14. Oktober 1930 in Lisala; † 7. September 1997 in Rabat) war von 1965 bis 1997 Präsident Zaires.… …   Deutsch Wikipedia

  • Mobutu — (as used in expressions) lago Mobutu Sese Seko Mobutu Sese Seko Joseph Désiré Mobutu …   Enciclopedia Universal

  • Mobutu — n. (Sese Seko) former president of Zaire …   English contemporary dictionary

  • Mobutu — /məˈbutu/ (say muh boohtooh) noun Sese Seko /ˌsɛseɪ ˈsɛkoʊ/ (say .sesay sekoh) (Joseph Désiré), 1930–97, Congolese army officer; in 1965 became president of the Democratic Republic of the Congo which was renamed Zaire in 1971; deposed in 1997 …   Australian English dictionary

  • Mobutu — …   Useful english dictionary

  • Mobutu Sese Seko — President of Zaire In office 24 November 1965 – 16 May 1997 Prime Minister Several Pr …   Wikipedia

  • Mobutu Sese Seko — en 1983. Presidente de Zaire …   Wikipedia Español

  • Mobutu Sese Seko — Kuku Ngbendu wa Zabanga (geboren als Joseph Désiré Mobutu; * 14. Oktober 1930 in Lisala, Provinz Mongala; † 7. September 1997 in Rabat) war von 1965 bis 1997 Präsident der Demokratischen Republik Kongo (von 1971 bis 1997: Zaire). Mobutu herrschte …   Deutsch Wikipedia